Avatar, réalisé par James Cameron ( 2009 )

Publié le par Cyprien Dignoire

Je prends de façon ephémère la place du taulier de ce blog en squattant l'actualité cinéma. En effet, Cyprien n'ayant pas encore vu Avatar, je me permets d'en faire la critique enthousiaste étant donné qu'il le mérite à mes yeux. 
 
Je parlerai principalement du scénario d'Avatar ici pour plusieurs raisons. En premier lieu parce que sa réussite visuelle a été généralement peu contestée, ensuite parce que certains points de vue positifs ont de façon assez malheureuse encensé Avatar comme une simple réussite technique du fait de son emploi de la 3D, ce qui est non seulement réducteur mais en plus totalement contradictoitre avec les intentions recherchées manifestement par Cameron ; Rose, au début de Titanic, ne reprochait t-elle pas au monde de ne voir dans cette histoire uniquement ses aspects grandiloquents en faisant abstraction de l'aspect humain ? Si Cameron réalise depuis longtemps des blockbusters impregnés de technologie moderne, c'est toujours pour remettre l'homme au centre de ses préoccupations, aussi en faire une sorte de Michael Bay légèrement plus doué est un argument totalement fallacieux. Enfin, je ferai remarquer que parmi les spectateurs ayant vu le film en 2D, les échos sont aussi positifs que chez les autres, ce qui malheureusement ne suffira pas à convaincre ceux qui ont déja jugé Avatar avant de le voir que sa réussite ne saurait se limiter à un emploi-esbrouffe de la 3D ( celle-ci étant d'ailleurs utilisée de manière remarquablement " sobre " ).
 
Le scénario d'Avatar, fer de lance des critiques portées par les déçus, fait visiblement l'unanimité contre lui : idiot, manichéen, bien-pensant, simpliste... C'est effectivement ce que l'on peut y voir, a fortiori si c'est ce que l'on souhaite y voir.
 
La première faculté de ce scénario se trouve dans le traitement des différents mythes primitifs. Les caractéristiques des na'vis reprennent ainsi un peu des tribus africaines animistes, un peu des indiens d'Amérique, un peu des ethnies amazoniennes, le tout avec une fluidité et une cohérence d'ensemble remarquables, permettant la réussite de l'immersion dans le mode des na'vis, ceux-ci existant vite par eux-mêmes et pas simplement en temps que somme de traits empruntés à des civilisations dites primitives.
 
L'argument magique, celui du manichéisme, tarte à la crème de la critique de films d'action ( a t-on vu beaucoup de critiques s'attaquer à celui de Vincere de Bellochio, ou même du dernier Pixar ? Plus que de nier les qualités évidentes de ces films, il s'agit ici de rejeter cette facilité de parler de cet aspect manichéen uniquement lorsque cela nous arrange ), permet d'écarter d'un revers de la main certaines caractérisations plus subtiles qu'elles n'en ont l'air. Dans Titanic, l'angélisme de Jack s'opposait au cynisme de Hockley. Mais cette opposition entre les deux figures d'amants, comme d'autres présentées au spectateur ( le conflit " maternel " entre Rutt d'un coté et Molly de l'autre, celui " intellectuel " entre les ingénieurs Andrews et Ismay ), ne sert non pas à opposer les riches aux pauvres comme il a pu être dit, la majorité de ces oppositions ayant lieu entre personnes d'un même milieu social, mais d'illustrer le conflit interne de l'héroine, Rose, tiraillée entre passé et futur, entre tradition et modernité.
 
On retrouve certains de ces aspects dans Avatar, notamment la figure d'un personnage principal tiraillé entre deux structures opposées. Au-delà de l'opposition évidente entre l'armée et la culture na'vi, on retrouve de nouveau, au sein de la figure oppressive ( l'armée ) des dissensions internes. Ce sont deux figures parentales qui sont proposées à Jack, l'une paternelle ( le colonel Quaritch ), l'autre maternelle ( le docteur Grace Augustine, jouée qui plus est par une Sigourney Weaver qui avait été l'incarnation même de la figure maternelle dans Aliens ), comme l'a souligné le critique Christophe Gans. Cette opposition se produit qui plus est face à un personnage central, Jack, infirme, ayant perdu ses deux jambes et probablement toute possibilité de sexualité au passage, sexualité qu'il retrouve au sein du monde na'vi par le biais de son avatar. Ainsi, lorsque la figure paternelle tente d'extraire Jack du monde na'vi, il n'est pas impossible d'y voir une forme de complexe oedipien, le combat final s'achevant d'ailleurs sur le " parricide " effectué par Jack. 
 
Certaines similitudes pourraient rapprocher Avatar d'un autre film sorti cette année et critiqué en ces pages par Cyprien : Distict 9, de Neil Blomkamp. On retrouve ainsi la présence d'extraterrestres positifs, un point de vue anti-impérialiste, un héros changeant de camp au fur et à mesure du film, un méchant extrèmement proche ou la présence d'exo-squelettes. Néanmoins, le caractère sérieux et premier degré du Cameron tanche avec l'aspect satirique, second degré du Blomkamp qui en cherchant ses influences du coté du Starship Troopers de Paul Verhoeven a oublié que la réussite de celui-ci passait par une esthétique de série abrutissante qu'il renvoyait contre elle-même, là ou Blomkamp cédait aux facilités du surdécoupage et de la caméra tremblée " documentariste ".
En rejetant toute distance, toute ironie facile, Cameron prète ainsi le flanc aux critiques de ridicule, notamment dans son apologie du mode de vie na'vi. Il est toutefois intéressant de constater que tous les aspects pointés du doigt par les détracteurs d'Avatar sont tout droit issus de récits mythologies, historiques, littéraire ou cinématographiques, généralement peu sujets à ce genre de critiques. Le thème de l'étranger fasciné par une culture aux cotés de laquelle il finira par se battre est-il jugé grotesque au sein de Laurence d'Arabie ? La relation complexe entre Jack et le guerrier Tsu'ke ( figure la plus ambigue du film ) ne rappelle t-elle pas celle entre Paul Atréides et le fremen Stilgar dans le roman Dune, dont le dressage du ver des sables comme rite initiatique trouve un écho évident dans celui de l'aigle préhistorique ? Le discours effectué par Jack en vue du rassemblement na'vi ne se rapproche t-il pas de celui effectué au seins des tribus apaches par le futur Géronimo, faisant suite à la perte de sa mère comme Jack a perdu Grace dans Avatar ? La charge finale des na'vis face à un ennemi bien mieux armé ne renvoie t-elle pas à la célèbre bataille de Little Big Horn ?
 
Tous ces rapprochements pourront faire l'objet de railleries, être écartés au nom de la surinterprétation, mais mettent en lumière cette capacité qu'a Cameron de rappeler l'air de rien de grands évènements, historiques ou inventés, fermement ancrés dans l'inconscient collectif, et de créer ainsi un véritable récapitulatif mythologique au seins d'une oeuvre de science-fiction. Avatar est loin d'être parfait, il est doté d'une musique ratée de James Horner, de personnages manquant parfois de chair et d'une dernière demi-heure trop vite expédiée ( sans doute la conséquences des coupes effectuées par Cameron ). Avatar préfère épouser une idéologie plutôt que de se réfugier derrière un cynisme facile ou derrière l'absence de point de vue de cinéaste. Il serait temps d'y voir une qualité plutôt qu'un défaut.

Martin
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Publié dans Sorties en Salle

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