Paranormal Activity

Publié le par Cyprien Dignoire



Depuis le Projet Blair Witch sorti en 1999, la scène fauchée du cinéma fantastique n'avait pas accouché d'un phénomène de cette ampleur. Votre humble serviteur a réussi à le voir en exclusivité, et c'est ainsi que je peux proposer au lecteur de Sinema la critique de Paranormal Activity.
Mais avant d'attaquer le film en lui même, petit résumé de la génèse d'un bande qui risque encore de faire parler d'elle dans les mois à venir.

Le premier film d'Oren Peli, illustre inconnu il y a quelques mois encore, a été tourné en 2007, dans la propre maison du réalisateur qu'il a entièrement refaite et réaménagée pour l'occasion. Nanti d'un budget de 11.000 dollars et d'une paire de comédiens motivés, Peli se lance dans le tournage de Paranormal Activity, avec pour contrainte de le tourner en 7 jours. Une fois le film tourné, monté et prêt à la diffusion, notre réalisateur part démarcher les boites de production, son dvd sous le bras, en distribuant à tout ceux qui peuvent le diffuser d'une manière ou d'une autre.

Le carrière du film a commencé en 2008 dans plusieurs petites salles de campus et quelques festivals spécialisés en Amérique ou il remporta un joli succès d'estime. Porté par un certain nombre de légendes (Spielberg Himself aurait vu le film et l'aurait jeté à la poubelle, le déclarant "hanté") et par le bouche à oreille, c'est finalement le buzz crée sur internet qui va motiver la sortie du film sur les écrans. En effet, Paranormal Activity a ramassé plus d'un million de signataires sur son site internet, ce qui a décidé la Paramount a organiser une large distribution dans le réseau de cinéma Américain.


Précédé d'une telle réputation, c'est avec une certaine fébrilité que j'ai mis la galette dans son lecteur, impatient de voir si mes nerfs habitués aux hectolitres d'hémoglobines et aux séquences soit disant effrayantes allaient réussir à me faire frémir de peur à nouveau. Hé bien tuons le suspens tout de suite, Paranormal Activity fait peur. Vraiment peur.
Reprenant le concept classique de la hantise (pas d'une maison cette fois, mais d'une personne), ce film est une pure bande de pétoche, qui tout en reprenant les classiques du genre, va leur donner une toute autre dimension par un procédé aussi simple qu'efficace, le réel.
L'essentiel du film est en effet tourné tourné par Micah, le mâââle viril du couple (ceux d'entre vous qui ont eu la chance de le voir comprendront) qui décide de filmer au jour le jour les étranges évènements se déroulant dans sa maison endormie.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce parti pris fonctionne diablement bien. Basé sur une construction très nette, sous la forme d'une séquence de peur la nuit, et le débriefing dans la journée qui suit, Paranormal Activity affiche une efficacité parfaite dans la gradation de la peur, jusqu'au déluge final d'une dernière séquence plus qu'éprouvante. La principale force de sieur Oren Peli est ainsi de nous faire peur avec presque rien, mais un presque rien totalement impossible. Un porte qui bouge d'une vingtaine de centimètres dans un sens puis dans l'autre, en soi ça n'a rien d'effrayant. Mais si vous êtes dans une maison totalement fermée sans le moindre courant d'air possible, et que vous voyez tout de même cette porte bouger, que penseriez vous ?
La quintessence du film est là, les premiers faits et effets sont simples, et n'ont rien d'effrayant à proprement parler, mais la combinaison de leur impossilité matérielle et de leur présentation comme totalement réels les rendent totalement effrayants pour le spectateur.

Mais là ou le réalisateur va plus loin, c'est en entrainant les incrédules avec lui, grâce à ce bon vieux processus d'identification. Alors qu'une partie des spectateurs déjà conquis par la peur vont s'identifier à Katie, la demoiselle hantée depuis sa plus tendre enfance et qui a clairement peur de ce qui se passe, les sceptiques vont vite être entrainés par le personnag de Micah, beaucoup plus réaliste et pragmatique, qui prend le parti de rire de ce qui leur arrive, jusqu'à un certain point...
Ces 2 personnages, parfaitement incarnés par Micah Sloat et Katie Featherston (oui oui, ils ont gardé leur vrais prénoms), regroupent ainsi une grande partie du spectre des spectateurs existants, les trainant ainsi de gré ou de force vers les profondeurs de l'horreur.

Quelques protagonistes secondaires gravitent autour de ce couple tourmenté. Tout d'abord le classique personnage de la "bonne copine", sorte de point de repère qui apparait pour faire redscendre la tension et crédibiliser les personnages. Pas franchement utile à mon sens, ses brèves passages à l'image n'apportent pas grand chose à l'intrigue, contrairement à notre ami le médium.
Hé oui, comme dans tout bon film de hantise, Paranormal Activity a son médium. Un vieux monsieur à l'allure sympathique, qui parait très professionnel, et qui vient ajouter une touche de crédibilité supplémentaire et donner un peu de corps au scénario.

Et nous y voilà au point qui fâche. Parce que autant Oren Peli est très efficace quand il s'agit de faire peur, autant quand il s'agit de raconter une histoire, c'est plus compliqué. Il nous sert ainsi la soupe habituelle "Bonjour madame vous êtes hantée sans raison, je ne peux rien faire débrouillez vous merci au revoir". Heureusement que le scénario est secondaire, et que le réalisateur ne s'attarde pas dessus, car l'histoire qui nous est contée ressemble plus à un prétexte qu'à un scénario écrit et pensé en tant que tel. A noter comme point d'orgue de cette débauche de vide créatif la séquence d'exorcisme que Micah et Katie visionnent sur internet, repompe totale de l'exorciste avec des maquillages qui auraient fait honte à un maquilleur de pornos phillipins.
Clairement dommage, car avec un scénario plus solide, nul doute que l'efficacité de tout le film aurait été grandement renforcée.

Pour conclure, et malgrès le dernier paragraphe quelque peu assassin, Paranormal Activity est un bon film, essentiellement parce qu'il est capable de réveiller cette peur primale de l'inconnu. Cette peur qui nous laisse tremblants comme des enfants, à se demander si il n'y a pas quelque chose de caché, là, sous notre lit. Quelque chose qui respire et qui remue, et qui attend que nos paupières soient closes pour nous emmener avec lui...




Publié dans Sorties en Salle

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