Inglorious Basterds ; Tarantino VS Nazis
Dur de commencer un blog sur le cinéma sans parler de la dernière bande de Tarantino. Réalisateur culte pour tous les enfants de la culture pulp, ce vieil habitué des marches de Cannes tourne enfin un film en France. Et encore une fois, la poule aux œufs d'or nous a pondu une sacrée pépite. Inglorious Basterds est une sorte de quintessence du style Tarantino, que ce soit dans ses excès visuels, son gout du décalage et du kitch, ses dialogues interminables qu'on savoure sans la moindre lassitude.
Le pitch est je pense connu de presque tous, mais je me permets de le remettre ici au cas où, au cas où Kévin n'ait pas bien suivi.
La 1944, la France est occupée par les nazis. Pour préparer le débarquement, l'armée Américaine envoie un commando de soldats juifs semer la terreur dans les rangs ennemis. Leur but annoncé : tuer du nazi, et surtout, le faire savoir. Nommé les "Basterds", ces 9 hommes sillonnent la France et deviennent bientôt la bête noire d'Hitler lui-même.
En parallèle, l'histoire de Shosanna, jeune juive seule survivante du massacre de sa famille par le colonel Hans Landa, vit à Paris comme gérante d'un cinéma, sous une fausse identité. L'opportunité de réunir tout les dirigeants de nazis dans son cinéma pour l'avant première d'un film va lui donner l'occasion de venger.
Sur ces 2 histoires, bien entendu destinées à se rejoindre, Tarantino compose quelques une des scènes les plus savoureuses qu'il n’ait jamais réalisé. Alternant une imagerie totalement pulp et décalée dans le traitement des Basterds (la première apparition de Eli "L'ours Juif" Roth est un monument du genre, de même que la libération du sergent Hugo Stiglitz), à un traitement plus réaliste et finalement très français quand il suit les pas de Shosanna (interprétée par Mélanie Laurent, toujours aussi douée), Mr. T. prend un malin plaisir à nous emmener d'une ambiance à l'autre, plaçant dans les deux premiers tiers une opposition très nette dans le traitement entre l'histoire des Basterds et celle de Shosanna.
Autre élément caractéristique du style Tarantino, les très longues scènes de dialogues, toujours remarquablement bien écrites, lui permettent de tracer les contours des principaux protagonistes, et surtout de développer et agrandir sa galerie de personnages. Chaque personnage, et presque chaque figurant à droit à son petit gimmick, sa petite particularité, qui donne des scène fourmillant de détails et devant lesquels il est quasi impossible de s'ennuyer.
On pourrait lui reprocher de ne pas assez creuser, approfondir cette galerie, mais au fond, qui se demande quelles sont les motivations des Basterds ? Ou celle du colonel Landa ?
Les réponses sont tellement évidentes (et celles qui ne le sont pas finissent nécessairement par être explicitées), qu'il n'est pas besoin de s'appesantir dessus.
La question du "pourquoi" étant éliminée d'office, reste le "comment" ? Et pour ça, Tarantino reste un grand maitre, mettant en avant son sens de la mise en scène, faisant lentement monter la tension jusqu'au point de non retour ou le spectateur sait que la scène qu'il a devant ne peut trouver sa conclusion que dans une explosion de violence. Chaque séquence est ainsi presque un court métrage à part entière, avec sa situation initiale, ses péripéties et son dénouement.
Pour finir, les acteurs sont tous impeccables (sauf les français, mais ça fallait s'en douter), avec une mention à Eli Roth, que je ne connaissais que comme réalisateur et qui est réellement bluffant comme comédien, ainsi que Diane Kruger, parfaite dans son rôle d'agent double.
La B.O. est, comme toujours chez Tarantino, d'une efficacité redoutable. Tantôt épique, tantôt douce et discète, elle souligne chaque scène sans jamais la recouvrir.
Inglorious Basterds est à voir absolument pour tous les amateurs du monsieur, et encore plus pour les autres, qui découvriront avec ce film un grand réalisateur.
Je lisais une interview de Tarantino récemment ou il expliquait que pour lui, la relation entre le réalisateur (et par extension son film) et le public est comme une relation sexuelle, le réalisateur jouant le rôle du mec viril entrainant sa compagne -le public- jusqu'à l'orgasme. Pour reprendre cette comparaison, Inglorious Basterd ce serait comme retrouver un vieil amant qu'on a pas vu depuis longtemps, pour se rendre compte qu'il n'a pas changé et surtout, qu'il n'a pas oublié comment nous faire frémir.